Culture et création
facteurs de développement
L'objectif de ce site est de recueillir et de présenter toutes les informations, opinions et documents disponibles à propos des efforts de la Commission et de l'Union européenne - ainsi que ceux des professionnels des états membres et des pays partenaires - afin de mieux reconnaître le rôle de la Culture dans les politiques de développement. Une attention particulière est donnée au suivi des conclusions du Colloque Culture et création, facteurs de développement, organisé à Bruxelles du 1er au 3 avril 2009, et aux recommandations des professionnels exprimées dans la Déclaration de Bruxelles.
par Stefano Manservisi
Quelque chose semble changer dans les débats internationaux, et en particulier européens, sur le développement et sur les politiques en matière de développement. Au cours des dernières décennies, la culture a malheureusement joué un rôle marginal dans les politiques de développement des institutions internationales et des bailleurs de fonds. Aujourd’hui encore, la culture est trop souvent la dernière priorité dans les longues listes de programmes politiques ainsi que souvent laissée de côté dans les stratégies des politiques de développement en raison du manque de financement. Pourtant, ces dernières années, l'Union Européenne (UE) a réalisé des avancées en termes de redéfinition de la relation entre la culture et le développement1 au point qu’aujourd’hui, l’Union Européenne reconnaît de plus en plus la culture comme étant un élément important de sa politique de développement.
Comme il est précisé dans la Communication de la Commission européenne relative à l’Agenda européen de la culture à l’ère de la mondialisation de 2007, la culture a une double dimension2:
Afin d’améliorer sa stratégie en matière de développement de la manière la plus durable et la plus efficace, la Commission européenne s’est concentrée ces dernières années sur ces deux piliers en essayant de renforcer sa politique de développement culturel avec les pays ACP et d’autres pays partenaires et ce, en s’efforçant d’inclure une approche culturelle dans ses politiques générales de développement. La Commission européenne est convaincue que toute politique de développement réussie doit s’appuyer sur une dimension culturelle adéquate, en tant qu’élément de cohésion et d’insertion sociale, de stabilité, de renforcement des capacités de la jeunesse, des femmes et des handicapés ; et de promotion de la démocratie et des droits de l'homme.
Un exemple éclairera peut-être mieux mon propos. Au cours d’une intervention récente lors de la dernière édition des Journées européennes du Développement qui se sont déroulées en octobre à Stockholm, Joy Mboya, Directrice générale du Centre d'Arts GoDown à Nairobi, au Kenya, a expliqué comment des jeunes provenant de communautés déshéritées et marginales étaient parvenus à s’intégrer dans la société kenyane grâce à la danse et à leur participation à des projets collectifs dans son centre d'arts. La Culture, et plus précisément la danse et les arts de la scène, ont donné à ces jeunes marginalisés un travail stable et la volonté tenace de s’intégrer dans leur communauté et d’être reconnus comme artistes et citoyens.
La culture joue également un rôle important dans des zones de conflits et post conflits parce que le dialogue interculturel est un élément clé de renforcement de la paix et de réconciliation entre les communautés. Ces dernières années, par exemple, dans le cadre du Festival du film de Sarajevo, qui a connu sa première édition en 1995 dans les tirs et dans un climat de haine interethnique, on a travaillé dur pour réunir les personnes des Balkans, encourager des coproductions entre jeunes réalisateurs des différentes régions des Balkans et promouvoir avec succès un espace de compréhension, de tolérance et d'échanges d’idées et d'expériences.
Enfin, la culture et les industries culturelles ont un grand potentiel économique, que ce soit par le biais du patrimoine, du tourisme culturel responsable ou par les revenus économiques des produits culturels. Paradoxalement, la culture est souvent considérée à tort comme un secteur économique faible. En réalité, les faits démontrent le contraire. Le secteur culturel a contribué à 2,6% de l’ensemble du PIB européen en 2003. Au cours de la même année, la contribution des activités immobilières au PIB européen était de 2,1%, celles des industries de l'alimentation, des boissons et du tabac étaient de 1,9%, et celles de l'industrie textile, 0,5%4.
Il est vrai que quand il s'agit de pays en développement, il est difficile de trouver des études globales ou statistiques concernant la participation des secteurs culturels dans l’économie. Néanmoins, ces études, quand elles existent, démontrent l'importance économique de la culture. Au Mali, par exemple, le poids économique direct des secteurs culturels atteignait 2,38% du PIB en 2006, ce qui s’est ensuite traduit par environ 115.000 emplois en 2004, soit environ 5,85%5 de l’ensemble de la population active au Mali6.
Une question clé pour les pays en développement est l'accès de leurs produits et services culturels aux marchés régionaux et internationaux. À cet égard, l’Europe peut faire la différence! Le lien entre la culture, le développement et la stabilité sociale est donc clair et a des dimensions différentes. La culture peut être soit un outil de dialogue et d'inclusion sociale ou un puissant moteur économique. En outre, une société créative et culturellement active constitue un élément dynamique de l'innovation économique et sociale, c’est le terreau où peuvent germer des idées originales et permet d’apporter des contributions neuves et renouvelées à l’ensemble de a société. Enfin, la culture doit être un élément essentiel de toute stratégie de développement.
Dans le passé, certaines politiques de développement ont échoué parce que les décideurs n'ont pas pris en compte les obstacles culturels. En ce sens, la Commission européenne vise une nouvelle approche qui permette de surmonter les problèmes causés par l’affrontement occasionnel des cultures locales et des stratégies de développement. Par cette nouvelle approche, la dimension culturelle devient un élément holistique de la stratégie européenne en matière de politique du développement, en intégrant la culture dans toutes les composantes du développement.
Suite: Quel est le cadre actuel?

Stefano Manservisi
Si nous examinons les Documents stratégiques et les Programmes indicatifs nationaux (PIN) des pays ACP pour le 10ème Fonds européen de développement (FED), qui couvre la période de 2008 à 2013, plus de 50 millions € sont consacrés spécifiquement à des programmes culturels dans sept pays.1 Dans le même esprit, sept autres pays2 ont récemment demandé l’introduction de programmes culturels au cours des révisions à mi-parcours de leurs PIN suite aux fructueux débats qui ont eu lieu au cours du récent colloque qui s’est déroulé à Bruxelles sur le thème de la culture. En outre, pour la même période, 30 millions € ont été alloués à un mécanisme interrégional de soutien des industries de la culture des pays ACP, en particulier dans leurs aspects de distribution et de diffusion, et auquel nous espérons également que certains États membres décideront d’apporter leur contribution.
Ces dispositions montrent que la culture devient peu à peu une priorité de l’ordre du jour des politiques de développement entre l’UE et plusieurs pays ACP. Ainsi, le Programme indicatif régional du FED peut également être un instrument important de la politique de développement, comme l’ont montré les expériences d’Afrique de l’Ouest3 et des Etats lusophones d’Afrique, les PALOP.4