Culture et création
facteurs de développement
NOTE D’ORIENTATION SUR LES PROJETS DE COOPERATION EXTERIEURE EN MATIERE DE PATRIMOINE CULTUREL
PATRIMOINE ET DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE, SOCIAL ET HUMAIN
I. Introduction
Le terme de « patrimoine culturel » regroupe un ensemble de témoignages matériels et intellectuels représentatifs d’une communauté et de son évolution à travers le temps. Depuis les objets, gestes et savoir-faire de la vie quotidienne jusqu’à l’aménagement du territoire ou à la construction de la spiritualité, le patrimoine illustre l’interaction créative de l’homme avec son environnement naturel et social. Limité jadis aux vestiges les plus prestigieux des culturels matérielles (grands complexes religieux, militaires ou civils), il a vu ses frontières s’étendre progressivement aux productions les plus originales et vernaculaires, et ce à l’échelle mondiale.
Selon son acception actuelle, il se divise en deux catégories principales. Le patrimoine « matériel » comprend un grand éventail de formes et de situations, depuis les sites archéologiques, les différentes typologies de patrimoine architectural – des sites monumentaux aux innombrables expressions de l’architecture traditionnelle – les villes et ensembles urbains historiques, les paysages culturels, jusqu’aux musées et collections d’objets mobiliers. Le patrimoine « immatériel », quant à lui, rassemble des réalités qui, jusqu’il y a peu, n’étaient pas suffisamment valorisées aux yeux de la communauté internationale, tels que les traditions, connaissances, savoir-faire, croyances, rituels qui relèvent de l’imaginaire et de la créativité d’une communauté et participent directement à sa construction identitaire.
Les deux dimensions sont toutefois intimement liées et ne peuvent être considérées séparément. Le patrimoine matériel ne trouve sa pleine signification qu’en se référant aux valeurs et savoir-faire qui ont été à son origine, alors que le patrimoine immatériel s’incarne souvent dans une production d’objets – artisanaux ou rituels par exemple - qui en constituent le corollaire « tangible ».
Mémoire des communautés qui l’ont produit, vecteur d’identité – au risque parfois de diviser au lieu de rassembler lorsque cette dimension est détournée de manière restrictive – le patrimoine est le reflet de la richesse et de la diversité culturelle de l’humanité. Il représente une ressource à la fois durable, pouvant défier le temps, mais aussi d’une grande fragilité. Outre les facteurs naturels qui menacent constamment son intégrité physique, il faut tenir compte des risques et contraintes liés à des sociétés en constante évolution. Face aux défis posés par la modernité, le patrimoine se doit d’être documenté, protégé, conservé, mis en valeur, utilisé et promu, par les valeurs culturelles et humanistes qu’il véhicule, en veillant au respect de son authenticité.
Toutefois, sauvegardé et valorisé par et pour la société, le patrimoine peut également constituer - en s’insérant dans une stratégie de développement cohérente - une ressource significative pour le progrès socio-économique des communautés qui le détiennent, un moteur de croissance et de développement local durable et une condition essentielle pour un développement humain équilibré.
Ce constat, nourri de nombreuses expériences concluantes dans l’ensemble des pays ACP, est relativement récent. Jusqu’il y a peu, la mobilisation de la communauté internationale autour des objectifs de réduction de la pauvreté était centrée presqu’exclusivement sur la mise en place de services de base – infrastructures et énergie – ainsi que sur le financement des secteurs sociaux traditionnels, tels que la santé et l’éducation. La culture et le patrimoine étaient rarement pris en compte dans les projets de coopération, considérés comme des secteurs d’importance secondaire, voire une « priorité négative ».
Depuis, la prise de conscience planétaire de l’importance de la culture, résultant d’une société à qui la croissance matérielle n’a pas apporté le développement attendu, et grâce aux efforts de nombreuses organisations internationales et ONG, a singulièrement modifié cette situation. Reconnue déjà comme quatrième pilier du développement durable dans la déclaration finale du Sommet mondial du développement durable (Johannesbourg, 2002), la culture est promue pour sa double dimension, à la fois comme vecteur de sens et de valeurs pour l’individu et la communauté, et comme facteur de progrès économique, par la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, adoptée par l’UNESCO en 2005. Son importance et sa contribution au développement et à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement ont été de nouveau soulignées et formalisées dans la déclaration finale du sommet de Chef d’Etat réunis à New York lors de l’Assemblée générale des Nations-Unies, 65ème session, en septembre 2010.
Le patrimoine culturel a bénéficié directement de la reconnaissance progressive de la culture comme un facteur de développement. Il est désormais considéré comme un secteur susceptible de renforcer la cohésion sociale et de générer des retombées économiques non négligeables, comme le démontrent les statistiques relatives aux activités de restauration et réhabilitation ainsi qu’au développement sans précédents du tourisme culturel.
L’Union Européenne a par ailleurs pris acte de cette évolution, en intégrant la culture et le patrimoine parmi les domaines d’action pour la coopération repris dans l’Accord de Cotonou, signé en 2000. Elle a récemment approfondi le débat sur la place de la culture dans les politiques de développement au fil de plusieurs rencontres, dont la conférence internationale intitulée « Culture et création, facteurs de développement », organisée à Bruxelles en avril 2009, ainsi que le séminaire International “Culture et Développement” tenu à Gérone en mai 2010. Enfin, la question du patrimoine culturel comme facteur de développement social et économique a été récemment débattue de manière approfondie au cours d’un séminaire organisé à Porto-Novo, au Bénin, en février 2011. En parallèle, de nombreux projets dans les domaines du patrimoine archéologique et architectural, des musées ou des métiers artisanaux ont pu être soutenus ces dernières années grâce aux fonds FED ou encore par le biais de programmes de coopération thématiques (tels que « Investing in people ») ou régionaux (« Euromed Heritage »). La même tendance peut être observée auprès des agences nationales pour la coopération au développement, qui mènent des actions concrètes de soutien à la créativité culturelle et à la sauvegarde et à la mise en valeur du patrimoine.
Malgré ces évolutions indéniablement positives, il reste encore beaucoup à accomplir pour que le patrimoine culturel puisse occuper la place qu’il mérite dans les politiques d’aide au développement. De
nombreux pays ACP, pourtant riches en vestiges du passé et en traditions vivantes, tardent encore à l’inclure parmi leurs priorités, ou manquent d’une stratégie claire leur permettant de concilier au mieux sauvegarde du patrimoine et retombées socio-économiques.
Il s’agit également de promouvoir une approche responsable, d’une part, consciente des nombreux enjeux culturels et sociétaux mais également des risques liés à la sauvegarde du patrimoine culturel, à sa transmission et à sa mise en valeur. D’autre part les projets, loin de toute vision passéiste et figée, doivent s’ouvrir à l’innovation et à la créativité, en favorisant une meilleure intégration du patrimoine dans la société. L’implication des populations, bénéficiaires des actions de coopération, et la concertation avec les autorités en charge du patrimoine, conditions sine qua non du succès d’un projet et de la durabilité de ses résultats, devraient également constituer le socle de toute opération dans ce domaine.
Enfin, une meilleure coordination entre les bailleurs de fonds et les autres intervenants (organisations internationales, ONG…) appartenant à différents horizons de la coopération éviterait le risque de duplication et de dispersion des initiatives, tout en augmentant l’efficacité et la visibilité de l’action sur le terrain.
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